L’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), par un rapport confié à Nathalie Rabier‑Thoreau et Stéphanie Seydoux, réalise pour la première fois depuis la réforme de 2007‑2008 un état des lieux global du dispositif français de prise en charge des addictions. Le périmètre couvre l’ensemble des addictions, avec une attention particulière portée aux jeunes, aux femmes et aux personnes en situation de précarité. La mission s’appuie sur des investigations nationales et territoriales, une enquête auprès des établissements médico‑sociaux spécialisés et une étude statistique sur les trajectoires ville‑hôpital liées aux troubles dus à l’alcool.
Les inspectrices décrivent un modèle dont les principes de base sont jugés toujours pertinents : prise en charge globale des personnes (médicale, psychologique et sociale) et organisation fondée sur la complémentarité entre médecine de ville, hôpital et secteur médico‑social spécialisé, notamment les centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA). Ce modèle vise à répondre à la diversité des situations et des besoins.
Le rapport constate toutefois de fortes tensions pesant sur le dispositif. Les situations cliniques se complexifient en raison de l’augmentation des polyconsommations, de la fréquence des comorbidités psychiatriques et du développement des addictions sans substance. En parallèle, la pénurie de ressources humaines en santé, particulièrement médicales, limite la possibilité d’orienter les patients stabilisés vers la médecine de ville. Les parcours de soins sont également entravés par un repérage encore insuffisant et hétérogène des troubles addictifs, par des délais d’accès importants aux soins spécialisés (en moyenne deux mois entre le premier contact et le premier rendez‑vous avec un soignant en CSAPA) et par des difficultés de coordination entre acteurs, dans un contexte de manque de visibilité sur les besoins réels.
Ces fragilités affectent en particulier les publics cibles identifiés par la mission : jeunes, personnes en situation de précarité et femmes, dont les besoins, en dehors de la grossesse, restent insuffisamment pris en compte. Face à ces constats, le rapport recommande notamment de développer une culture addictologique partagée et de consolider le pilotage national et territorial du dispositif, en s’appuyant sur des diagnostics et des modèles d’intervention mieux outillés, afin d’améliorer le repérage, l’accès aux soins et la continuité des parcours. (contenu résumé par l’IA)Lire la Suite
