Ce que vous allez apprendre
- L’Union des pharmacies groupées de France (UPGF) rejette les appels d’offres sur les génériques, qualifiés de « ligne rouge absolue ».
- Le syndicat dénonce une bascule vers le « tout honoraires ».
- Malgré + 5,62 % de chiffre d’affaires en 2025, l’UPGF alerte sur l’érosion de la rentabilité officinale.
- Les antennes pharmaceutiques sont accusées de « rapiécer » le maillage territorial.
- Laurent Filoche brandit la menace de grèves et d’une mobilisation nationale de la profession.
Le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et de l’Inspection générale des finances (IGF) sur la chaîne de distribution pharmaceutique continue de fracturer la profession. Après les réactions de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) et de Federgy, l’Union des pharmacies groupées de France (UPGF) hausse à son tour le ton. Dans un communiqué diffusé le 12 mai, le syndicat dénonce un texte « hors-sol », « biaisé » et « déconnecté des pharmaciens ».
Pour Laurent Filoche, vice-président de l’UPGF, les orientations portées par les inspections marqueraient une bascule profonde de l’économie des pharmacies vers une « fonctionnalisation » progressive du pharmacien.
Appels d’offres : Encore pire que la baisse des remises génériques
Le principal point de rupture concerne la proposition visant à étudier un système inspiré des appels d’offres hospitaliers pour les médicaments génériques, hybrides et biosimilaires.
« C’est une ligne rouge absolue », affirme Laurent Filoche. « Ce serait la fin de toute coopération commerciale entre les pharmaciens, les groupements et l’industrie. »
Le vice-président de l’UPGF estime qu’un tel modèle provoquerait une concentration du marché autour de quelques industriels capables d’écraser les prix sur les molécules les plus rentables. Selon lui, les conséquences seraient immédiates : disparition progressive de certains acteurs, réduction de l’offre disponible et aggravation des tensions d’approvisionnement.
Cette lecture rejoint en partie les inquiétudes exprimées par Federgy et par l’USPO. Alain Grollaud, président de la chambre syndicale des groupements Federgy, alertait déjà sur des appels d’offres « trop restrictifs » susceptibles d’accentuer les pénuries.
Transparence des remises : « Pas à sens unique »
Sur le sujet sensible des remises commerciales, Laurent Filoche adopte une ligne plus nuancée. « Je n’ai pas de débat sur la transparence des contrats commerciaux puisqu’ils sont légaux », explique-t-il.
Le dirigeant réclame néanmoins une transparence appliquée à l’ensemble des acteurs du système. Il cible notamment les remises consenties par les industriels au Comité économique des produits de santé (CEPS) et à l’Assurance maladie.
« Les pharmaciens paient parfois des indus calculés sur des prix faciaux, alors que l’Assurance maladie bénéficie elle-même de remises », souligne-t-il.
Le communiqué de l’UPGF reprend cette critique en dénonçant une transparence « à sens unique ».
En revanche, le syndicat se dit favorable à un contrôle accru des contrats entre groupements et officines par l’Ordre national des pharmaciens, jugeant cette proposition « consensuelle ».
Le tout honoraires est désormais écrit noir sur blanc
L’autre sujet de crispation concerne la proposition visant à « décorréler totalement » la rémunération des pharmaciens des prix et des volumes des médicaments. Pour l’UPGF, cette orientation revient à officialiser le scénario du « tout honoraires » dénoncé depuis plusieurs années par une partie de la profession.
Le syndicat s’appuie sur plusieurs indicateurs économiques pour contester cette trajectoire :
- un chiffre d’affaires moyen des officines en hausse de 5,62 % en 2025 ;
- une baisse de 0,77 point de la marge brute globale ;
- une masse salariale en progression de 30 % en quatre ans ;
- des honoraires représentant désormais 52 % de la rémunération sur le médicament remboursable, contre 54 % auparavant.
Pour Laurent Filoche, ces chiffres montrent l’essoufflement progressif du modèle actuel. « La croissance en valeur, tirée par les médicaments chers, masque une baisse des volumes et une érosion de la rentabilité réelle des officines », résume-t-il. Le vice-président de l’UPGF défend à l’inverse l’instauration d’une marge minimale de 5 % sur tous les produits, y compris les médicaments chers. Une mesure qu’il juge indispensable pour absorber les coûts logistiques, les stocks et les risques d’exploitation.
Antennes pharmaceutiques : « Rapiécer le maillage »
Le rapport recommande également d’étendre les dispositifs destinés aux territoires fragiles et de généraliser les antennes pharmaceutiques dans les communes de moins de 2 500 habitants.
L’UPGF critique fortement cette orientation. « Tous les dispositifs visant à maintenir artificiellement une présence sur un territoire sans réalité économique durable sont extrêmement fragiles », estime Laurent Filoche.
Le syndicat considère qu’une officine non rentable ne sera jamais reprise durablement et que ces mécanismes risquent surtout de prolonger artificiellement des situations économiquement intenables.
Dans son communiqué, l’organisation parle d’un « bricolage » consistant à « rapiécer le maillage plutôt que le renforcer ».
L’UPGF rappelle également que les fermetures d’officines ne concernent plus uniquement les territoires ruraux. Selon les chiffres cités par le syndicat, les grands centres urbains ont représenté à eux seuls 40 % des fermetures enregistrées entre 2020 et 2024.
Un rapport construit sur 16 officines
Au-delà des propositions elles-mêmes, Laurent Filoche remet en cause la méthodologie du rapport.
« Quand on veut proposer une refonte du modèle économique officinal, on doit s’appuyer sur un échantillon beaucoup plus solide », estime-t-il. Le vice-président de l’UPGF critique un travail construit, selon lui, sur un panel trop limité. Le communiqué évoque une « analyse fondée sur les retours de 16 officines ».
Laurent Filoche affirme avoir transmis aux inspections plusieurs centaines de contacts de pharmaciens sans qu’aucun ne soit finalement auditionné.
Selon lui, les conclusions du rapport risquent surtout de favoriser les grandes pharmacies déjà moins dépendantes du médicament remboursable, au détriment des pharmacies traditionnelles et des officines moyennes.
Menace de mobilisation avant 2027
L’UPGF, qui revendique désormais plus de 500 adhérents et six groupements membres, entend désormais peser dans les futures négociations sur le modèle économique officinal.
Laurent Filoche estime que la réforme de la rémunération ne devrait pas aboutir avant 2027, mais prévient qu’en cas d’accélération du calendrier, le syndicat pourrait appeler à une mobilisation « très forte », incluant éventuellement des grèves.
Dans son communiqué, l’UPGF évoque explicitement un « casus belli » susceptible de provoquer des mouvements « bien plus durs que ceux de 2025 ».
L’article Rapport Igas-IGF sur la pharmacie : l’UPGF brandit la menace de grèves contre les appels d’offres sur les génériques est apparu en premier sur Le Moniteur des pharmacies.
