Une étude scientifique publiée dans la revue Global Change Biology analyse la progression du moustique tigre (Aedes albopictus) et du risque de dengue en France métropolitaine à l’horizon 2085, en combinant scénarios climatiques et démographiques à haute résolution spatiale (environ 8 km). Le moustique tigre, originaire d’Asie tropicale et installé en France depuis 2004, est désormais présent dans 30 des 45 pays européens recensés par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). Sa diffusion s’accompagne d’une augmentation du risque de transmission autochtone d’arboviroses, notamment la dengue et le chikungunya. La France et l’Italie ont déjà connu plusieurs foyers de ces maladies au cours des dernières années, dont une épidémie de dengue à Fano (Italie) en 2024 et une flambée de chikungunya en France en 2025.
L’étude a été conduite par le laboratoire MIVEGEC (Université de Montpellier, IRD, CNRS), en collaboration avec le CIRAD, l’INRAE et l’ICTP de Trieste. Elle se concentre spécifiquement sur la France, caractérisée par une forte diversité climatique (méditerranéen, océanique, continental, alpin) et une exposition importante aux cas importés, afin d’anticiper l’évolution de cette « maladie tropicale » en contexte européen tempéré. Les chercheurs ont développé un modèle reliant la dynamique de population du moustique à un module épidémiologique estimant les cas secondaires de dengue à partir de l’introduction d’un cas importé. Ce modèle a été étalonné à partir des cas autochtones de dengue notifiés par Santé publique France en 2024 et 2025 en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, puis ajusté pour refléter une capacité de charge des gîtes moins que proportionnelle à la densité de population, en particulier dans les zones urbaines denses.
Les simulations projettent l’évolution de la présence du moustique tigre et du risque de dengue jusqu’en 2085 selon deux grands scénarios : un scénario de « forte pression » combinant des émissions de gaz à effet de serre élevées (RCP8.5) et une forte croissance démographique fondée sur les projections de l’Insee ; et un scénario de « pression médiane » associant des émissions intermédiaires (RCP4.5) et une stagnation démographique. Pour chaque scénario, trois modèles climatiques régionaux (plus « froid », « intermédiaire » ou « chaud ») sont utilisés afin de représenter les incertitudes climatiques, sur trois périodes de projection : 2026-2045, 2046-2065 et 2066-2085. Les sorties du modèle incluent notamment l’adéquation climatique pour le moustique et la densité de moustiques adultes. L’étude met ainsi à disposition des éléments quantitatifs et spatialisés susceptibles d’éclairer la surveillance et l’anticipation des risques de transmission autochtone de dengue en France, dans un cadre comparatif européen et en lien avec les évolutions climatiques et démographiques. (contenu résumé par l’IA)Lire la Suite
