L’Observatoire des expulsions de lieux de vie informels, qui regroupe notamment la Fondation Abbé Pierre pour le logement, Médecins du Monde, la Ligue des droits de l’Homme, le collectif Romeurope et Human Rights Observers, a publié des données pour l’année 2025 sur les évacuations de bidonvilles, squats, campements de tentes et caravanes en France. Il a comptabilisé 1 240 expulsions collectives en 2025, contre 1 425 en 2024, soit une baisse apparente du nombre annuel. En moyenne, trois expulsions par jour ont été recensées, entraînant quotidiennement le déplacement de 211 personnes vivant en habitat précaire. Au total, 77 099 personnes ont été directement concernées, dont au moins 4 587 mineurs.
La répartition géographique des expulsions apparaît très concentrée. La bande côtière de la Manche et de la mer du Nord totalise 51 % des expulsions nationales (632 opérations). Selon Human Rights Observers, des convois d’évacuation y interviennent environ toutes les 48 heures sur des sites aussitôt réoccupés par des personnes exilées sans alternative d’hébergement, avec des exemples de terrains ayant fait l’objet de plus de cent expulsions sur une seule année. En dehors de ce littoral, 608 expulsions ont affecté 35 575 personnes, les départements les plus concernés étant le Nord (hors littoral, 142 expulsions), Paris (62), la Haute-Garonne (57) et la Gironde (48).
À Paris, l’Observatoire décrit une évolution vers une fragmentation des opérations : les évacuations de grands campements ont été remplacées par de multiples interventions sur des sites de petite taille. Le nombre d’opérations a été multiplié par quatre depuis 2019, tandis que la taille médiane des sites expulsés est passée d’environ 230 habitants en 2019 à 15 en 2025. Cette évolution laisse apparaître une pression maintenue sur les populations concernées malgré la baisse du nombre global d’expulsions.
Sur le plan juridique, l’Observatoire souligne une dégradation du respect du cadre légal qui prévoit, en principe, une décision de justice pour l’expulsion d’un lieu habité. En 2025, une expulsion sur trois seulement aurait été fondée sur un jugement. À l’inverse, 53 % des expulsions seraient intervenues sans base légale, niveau présenté comme historiquement élevé. L’Observatoire attribue largement cette situation au recours détourné à la procédure pénale de flagrance, normalement destinée à la recherche de preuves d’un délit (tels que l’occupation illicite ou l’intrusion). Cette procédure serait fréquemment utilisée comme moyen de pression pour obtenir un départ immédiat des occupants sous menace d’arrestation ou de saisie de biens, sans intervention préalable d’un juge civil. La flagrance représenterait 46 % des fondements juridiques recensés au niveau national, et 82 % sur certains territoires, traduisant une judiciarisation principalement pénale des évacuations au détriment des voies civiles.
Ces constats soulèvent des enjeux de respect des droits fondamentaux, de protection des mineurs et de gestion de l’hébergement et de la mise à l’abri des personnes en habitat informel, notamment les personnes exilées. Ils mettent également en avant un glissement vers des procédures d’éviction rapides et répétées, sans solution durable de relogement, dans un contexte de forte concentration géographique des opérations. (contenu résumé par l’IA)Lire la Suite
