Une analyse menée par Léa Rouchou, du service de gynécologie médicale et de médecine de la reproduction du CHU de Bordeaux, sous la supervision de Justine Hugon-Rodin et Élie Azria, examine en France le recours à la contraception avant la grossesse chez les femmes ayant accouché, en comparant celles nées en France et celles nées à l’étranger. Cette étude s’appuie sur les données de l’Enquête nationale périnatale 2021, conduite depuis 1988‑1989 dans l’ensemble des maternités françaises. Toutes les femmes ayant accouché durant une semaine de mars 2021 ont été incluses, avec des informations issues des dossiers médicaux et d’entretiens en face-à-face réalisés en maternité avant la sortie. Sur 13 404 femmes initialement incluses, 10 723 ont été retenues pour l’analyse, dont 2 237 nées à l’étranger (20,9 %).
L’étude caractérise la dernière méthode contraceptive utilisée avant le projet de grossesse ou, pour les grossesses non planifiées, avant la grossesse. Les méthodes sont classées en deux catégories selon leur efficacité, sur la base des définitions de la Haute Autorité de santé (HAS) et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : d’un côté la contraception hormonale (notamment la pilule) et le dispositif intra‑utérin au cuivre ; de l’autre, les méthodes barrière, les méthodes dites naturelles et l’absence de contraception.
Les résultats mettent en évidence des différences marquées entre femmes nées en France et femmes migrantes. La contraception hormonale de courte durée, principalement la pilule, est utilisée par 53,7 % des femmes nées en France contre 37,3 % de celles nées à l’étranger. L’absence totale de méthode contraceptive avant la grossesse concerne 11,2 % des femmes nées en France, mais 31,0 % des femmes nées à l’étranger. De plus, 93,0 % des femmes nées en France ont déjà utilisé au moins une fois une contraception, contre 71,4 % des femmes migrantes.
Les écarts de non-recours à toute contraception varient peu selon la région de naissance parmi les femmes nées à l’étranger : 24,9 % pour celles nées dans un autre pays européen, 30,7 % pour celles nées en Afrique subsaharienne, 33,3 % pour celles nées en Afrique du Nord et 33,9 % pour les autres régions du monde. Les méthodes de longue durée d’action (implant, stérilet) sont globalement moins utilisées par les femmes migrantes (13,6 %) que par les femmes nées en France (20,1 %). Les femmes nées en Afrique subsaharienne constituent une exception partielle : 17,8 % ont recours à ces méthodes, un niveau proche de celui des femmes nées en France, alors qu’environ une sur trois n’utilise aucune méthode contraceptive.
Après ajustement sur l’âge, le nombre d’enfants et le niveau d’études, le fait d’être née à l’étranger reste associé à un risque accru d’absence de contraception ou d’usage de méthodes moins efficaces. L’étude s’inscrit dans un contexte où près d’une femme sur quatre qui accouche en France est née à l’étranger, avec une population de mères migrantes en rajeunissement, et où des travaux menés en Norvège, en Suède et en Suisse avaient déjà documenté un moindre recours à la contraception parmi les femmes immigrées. Le travail présenté vise notamment à tester l’hypothèse d’un rôle de la précarité, mais le détail de cette analyse n’est pas précisé dans l’extrait. Ces constats soulignent des enjeux potentiels en matière d’accès à l’information, à la prévention et aux méthodes contraceptives efficaces pour les femmes migrantes. (contenu résumé par l’IA)Lire la Suite
