La source traite de la réémergence de la maladie à virus Marburg, une fièvre hémorragique sévère dont la létalité varie de 24 % à 90 %, le plus souvent au-dessus de 50 %. Identifiée en 1967 dans des laboratoires en Allemagne et en ex-Yougoslavie à partir de singes verts importés d’Ouganda, cette maladie était jusque récemment considérée comme limitée à l’Afrique centrale et orientale. Depuis 2021, des cas ont cependant été signalés en Guinée, au Ghana, en Guinée équatoriale, en Tanzanie, au Rwanda et en Éthiopie, ce qui remet en cause cette perception géographique.
Face à cette réémergence, Markos Tibbo (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture – FAO), Robert Barigye et Gobena Ameni (université des Émirats arabes unis) ont conduit une synthèse narrative de la littérature disponible. Leur travail repose sur l’analyse de rapports d’épidémies, de modélisations écologiques, d’enquêtes sérologiques, d’analyses génomiques et d’évaluations des dispositifs de surveillance. Les données étant jugées trop hétérogènes pour une méta-analyse, les auteurs ont structuré l’information autour de mécanismes récurrents observés d’une épidémie à l’autre, en les comparant lorsque possible entre plusieurs pays (Angola, Ouganda, République démocratique du Congo, Guinée équatoriale, Tanzanie, Rwanda, Éthiopie). Ils précisent que leur travail propose un cadre d’analyse et non un modèle prédictif.
Les analyses génomiques indiquent que de nombreuses épidémies récentes résulteraient de passages indépendants du virus de l’animal à l’homme (« spillover »), plutôt que de chaînes de transmission interhumaine se prolongeant d’un pays à l’autre. Cette hypothèse est cohérente avec la large distribution du principal réservoir identifié, la roussette d’Égypte (Rousettus aegyptiacus), une chauve-souris frugivore vivant dans les grottes, mines et tunnels dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne. Les auteurs restent toutefois prudents et soulignent que la détection d’épidémies dans de nouveaux pays ne suffit pas, à elle seule, à démontrer un schéma de transmission précis.
Chez la roussette, l’infection par le virus Marburg est le plus souvent asymptomatique. Le virus est excrété dans la salive et circule par pics saisonniers, en particulier chez les jeunes individus après les mises bas, ce qui entraîne une variation temporelle du risque de transmission à l’homme. L’exposition humaine intervient via les excrétions des chauves-souris, la fréquentation de gîtes contaminés ou la consommation de fruits partiellement entamés par ces animaux.
Le risque de contact entre l’homme et le réservoir animal augmente lorsque les activités humaines empiètent sur l’habitat des chauves-souris. Sont notamment mentionnés l’essor de l’exploitation minière, la fréquentation accrue des grottes, la déforestation, l’expansion agricole et l’urbanisation. Les auteurs décrivent une « convergence écologique » où ces pressions s’additionnent plutôt qu’elles ne se manifestent isolément. Ils évoquent également un rôle possible du climat, sans pouvoir le documenter davantage à ce stade. Ces éléments relèvent d’enjeux de santé publique et d’aménagement du territoire, avec des implications potentielles pour les politiques de surveillance épidémiologique, de gestion des activités extractives, agricoles et urbaines, et de prévention des zoonoses dans les pays concernés et, par extension, pour les administrations intéressées par la préparation et la veille internationale en matière de maladies émergentes. (contenu résumé par l’IA)Lire la Suite
