Un établissement public administratif placé sous la tutelle du ministère chargé de la Recherche publie un rapport intitulé « Main-d’œuvre et formation dans le bâtiment, face aux enjeux de la rénovation énergétique ». Rédigé par Pierre Vidailhet et Alain Pecker pour l’Académie des technologies, ce document analyse l’écart entre les objectifs nationaux de rénovation énergétique et les capacités actuelles du marché du travail dans le secteur du bâtiment.
Les auteurs rappellent que, dans le cadre de la Stratégie nationale bas-carbone, la France vise une réduction de 62 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 2015, puis la neutralité carbone en 2050. Pour y parvenir, il serait nécessaire de rénover 550 000 à 600 000 logements d’ici 2030, alors qu’en 2024 seulement 91 000 chantiers de rénovation ont été réalisés. Sur le plan de l’emploi, l’atteinte de ces objectifs impliquerait près de 650 000 postes entre 2019 et 2030, dont 170 000 à 250 000 emplois supplémentaires spécifiquement consacrés à la rénovation énergétique. Le rapport conclut que ces volumes excèdent largement les capacités actuelles de la filière.
Le secteur du bâtiment, qui compte environ 1,7 million d’actifs majoritairement employés dans des entreprises artisanales, est décrit comme étant en crise et confronté à trois défis principaux : un manque d’attractivité, une « non-qualité persistante » sur les chantiers, et un cadre réglementaire jugé inadapté à la rénovation. Le déficit d’attractivité est qualifié de structurel et se traduit par des difficultés à recruter des personnes de nationalité française, des diplômés et des femmes. Dans ce contexte, le recours à la main-d’œuvre étrangère devient une variable d’ajustement pour les entreprises : ces travailleurs représentent en moyenne 17 à 19 % des effectifs au niveau national, et 36 à 40 % en Île-de-France. L’Académie des technologies souligne à cette occasion la place jugée trop limitée de la voie professionnelle dans la société française, rarement perçue comme une voie d’excellence, ainsi que l’absence de continuité naturelle entre voie professionnelle et enseignement supérieur, ce qui pose des enjeux en matière de formation, de qualification et d’attractivité des métiers.
Le rapport insiste également sur la « non-qualité » des travaux, particulièrement en rénovation, qui représente un coût estimé entre 5 % et 25 % du chiffre d’affaires des entreprises concernées, en incluant les coûts cachés liés aux litiges, aux retards et à la perte d’image. Les auteurs relient ces difficultés à la forte fragmentation du secteur, composé d’une multitude de petites entreprises spécialisées, ce qui complique la coordination entre corps de métier sur un même chantier. Ils mentionnent aussi les certifications RGE, censées garantir la qualité des interventions, dont les audits sont mis en cause dans l’analyse, sans que le détail des critiques ne soit précisé dans l’extrait. L’ensemble de ces constats soulève des enjeux majeurs de politique publique en matière de formation professionnelle, d’organisation du travail, de régulation du secteur et de sécurisation des trajectoires d’emploi dans la perspective de la transition énergétique. (contenu résumé par l’IA)Lire la Suite
