Entre 2024 et 2025, La Réunion a connu une nouvelle circulation massive du virus chikungunya, près de vingt ans après l’épidémie de 2005-2006. Cette résurgence intervient dans un contexte de menace internationale qui concerne également la France hexagonale : en 2025, les nombreux cas importés depuis La Réunion ont contribué à l’apparition précoce de plusieurs foyers de transmission autochtone sur le territoire métropolitain. L’expérience réunionnaise présente ainsi un intérêt dépassant le cadre local.
Malgré une expérience importante des épidémies d’arboviroses, une surveillance structurée et des professionnels mobilisés, cette nouvelle vague épidémique met en évidence une difficulté majeure de préparation aux crises sanitaires : la détection précoce d’une menace ne garantit pas la capacité à déployer suffisamment tôt les moyens nécessaires pour en freiner l’accélération.
Le bilan communiqué fait état de plus de 54 000 cas biologiquement confirmés, d’environ 196 000 consultations pour chikungunya en médecine de ville et de près de 3 000 passages aux urgences. Ces chiffres sous-estiment toutefois le nombre réel d’infections, car en période de forte circulation, toutes les personnes symptomatiques ne bénéficient pas d’un test diagnostique. Une enquête sérologique réalisée après l’épidémie indique qu’environ 46 % de la population auraient été infectées au cours de cette vague, après prise en compte de l’immunité résiduelle acquise lors de l’épidémie de 2005-2006.
Selon le bilan de surveillance publié par Santé publique France en décembre 2025, 554 patients ont été hospitalisés plus de 24 heures et signalés au dispositif, dont 138 formes sévères. Quarante-cinq décès liés au chikungunya ont été recensés, dont 22 directement imputés à l’infection. Celle-ci peut déstabiliser des pathologies préexistantes, en particulier cardiovasculaires et métaboliques. Chez les personnes diabétiques, une altération importante de l’équilibre glycémique a été documentée. Par ailleurs, une grande étude brésilienne citée met en évidence une augmentation du risque de décès jusqu’à trois mois après le début des symptômes, avec un excès de mortalité attribué aux cardiopathies ischémiques et au diabète, particulièrement marqué dans les premières semaines.
Le poids sanitaire du chikungunya dépasse la phase aiguë et les seules atteintes articulaires. Des douleurs parfois très invalidantes peuvent s’accompagner d’une fatigue persistante, de troubles du sommeil et de limitations fonctionnelles durables, susceptibles d’altérer de manière prolongée la qualité de vie et, potentiellement, la capacité à reprendre une activité professionnelle. Ces éléments soulignent l’enjeu de suivi à moyen et long terme des personnes atteintes et la nécessité d’intégrer les impacts prolongés de cette infection dans l’appréciation des conséquences sanitaires, sociales et éventuellement professionnelles des épidémies d’arboviroses. (contenu résumé par l’IA)Lire la Suite
