Comment nos organes savent-ils distinguer leur droite de leur gauche ?

Une étude publiée dans la revue scientifique Science Advances par l’équipe de Sigolène Meilhac (Inserm, Institut Imagine, Institut Pasteur, Université Paris Cité) remet en cause le modèle dominant expliquant la création de l’asymétrie gauche‑droite des organes au cours du développement embryonnaire. Jusqu’à présent, un consensus s’était établi depuis la fin des années 1990 autour d’un mécanisme fondé sur l’action de cils situés dans une petite cavité embryonnaire appelée « nœud ». Le mouvement rotatif de ces cils crée un courant de liquide orienté vers la gauche, censé déclencher une cascade moléculaire dominée par le gène Nodal, définissant le côté gauche de l’embryon. Ce nœud était qualifié « d’organisateur gauche‑droite » selon le principe « pas de courant, pas d’asymétrie ».

Les chercheurs ont étudié un modèle murin porteur d’une mutation du gène Ccdc40, qui paralyse ces cils. Chez l’être humain, Ccdc40 est le troisième gène le plus fréquemment impliqué dans la dyskinésie ciliaire primitive, maladie rare associant des troubles respiratoires chroniques, une infertilité et, chez certains patients, une disposition en miroir des organes internes. Dans ce modèle, l’équipe a confirmé, par microscopie électronique et par observation de microbilles fluorescentes dans le nœud, l’absence totale de mouvement ciliaire et de courant de liquide chez tous les animaux étudiés.

Contrairement au modèle théorique, la suppression du courant n’a pas entraîné le désordre généralisé attendu dans l’orientation des organes. La reconstitution en trois dimensions, organe par organe, de l’anatomie des souriceaux à la naissance a montré que, dans une majorité de cas (70 % des animaux, valeur mentionnée mais non complétée dans le texte), l’organisation gauche‑droite demeurait globalement cohérente. Les auteurs concluent que le courant ciliaire ne génère pas, à lui seul, l’asymétrie, mais qu’il en oriente seulement le sens. Ils mettent en évidence l’existence d’un second mécanisme, jusqu’ici non identifié, impliquant la voie de signalisation cellulaire WNT, qui complète ce dispositif.

Ces travaux concernent la compréhension de l’hétérotaxie, maladie rare du développement caractérisée par une orientation discordante des organes internes, touchant environ une naissance sur 10 000 et associée dans la majorité des cas à des malformations cardiaques graves, responsables du pronostic vital plus que la position des organes elle‑même. Actuellement, une cause génétique n’est identifiée que chez un patient sur cinq. Les résultats publiés contribuent à préciser les mécanismes de mise en place de l’asymétrie gauche‑droite et pourraient, à terme, éclairer l’identification de nouvelles causes génétiques et la compréhension de certaines pathologies rares liées aux cils et aux anomalies de position des organes. Les implications cliniques ou en termes de prise en charge ne sont toutefois pas détaillées dans le texte, et les résultats demeurent pour l’instant limités à un modèle murin. (contenu résumé par l’IA)​Lire la Suite​

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