L’interview de Claude Serfati, publiée le 25 septembre 2026 dans le journal Services Publics, porte principalement sur les liens entre politiques industrielles, dépenses publiques, emploi et cohésion sociale, dans un contexte de transformations productives et de tensions géopolitiques accrues. L’auteur met en avant le rôle structurant de l’État dans l’orientation de l’investissement, notamment via les marchés publics, les commandes de défense, les politiques de soutien aux filières stratégiques et les dispositifs d’aide aux entreprises, en soulignant que ces choix ont des effets directs sur l’emploi, la qualité des emplois et les inégalités territoriales.
Serfati insiste sur l’ampleur des dépenses publiques en faveur des grandes entreprises et des secteurs jugés stratégiques (notamment industrie, numérique et défense), en comparaison avec les moyens consacrés aux services publics sociaux (santé, éducation, politiques sociales) et aux politiques de solidarité. Il relève des arbitrages budgétaires qui, selon lui, tendent à privilégier la compétitivité industrielle et la sécurité au détriment du financement pérenne des services publics et de la protection sociale, avec un impact potentiel sur l’accès aux soins, la qualité des prises en charge et les conditions de travail dans les secteurs sanitaire et social.
L’entretien souligne également le rôle des institutions européennes et des règles budgétaires de l’Union européenne dans l’encadrement des marges de manœuvre nationales, en particulier en matière de déficit public et de dette. Serfati mentionne les flexibilités introduites dans le cadre européen pour soutenir certains investissements (transition écologique, numérique, défense) et note que ces priorités peuvent entrer en tension avec les besoins de financement des politiques sociales. Il évoque des comparaisons avec d’autres pays européens, notamment l’Allemagne, où les choix d’investissement public et les modalités de soutien à l’industrie influencent différemment l’emploi, l’organisation du travail et la structuration des systèmes de protection sociale.
Sur le plan de l’emploi et du travail, Serfati met en avant la montée de la précarité et des formes atypiques d’emploi dans plusieurs secteurs, notamment ceux qui bénéficient indirectement de financements publics (sous-traitance, externalisation, plateformes). Il attire l’attention sur le risque de segmentation accrue entre des emplois qualifiés, fortement soutenus par les politiques industrielles et technologiques, et des emplois peu qualifiés exposés à la sous-traitance, à la pression sur les coûts et à la dégradation des conditions de travail. Il souligne également l’impact potentiel de ces dynamiques sur la santé au travail, la protection sociale des travailleurs et les inégalités de revenus.
L’interview aborde les enjeux de cohésion territoriale et sociale, en insistant sur les effets différenciés des politiques de soutien industriel selon les régions : concentration des investissements dans certains pôles, fragilisation d’autres territoires confrontés à la désindustrialisation ou à la fermeture de services publics. Serfati met en relation ces évolutions avec les inégalités d’accès à l’emploi, aux services de santé, aux équipements sociaux et aux dispositifs d’insertion, sans proposer de chiffrage détaillé mais en soulignant les risques de fractures territoriales durables.
Enfin, Serfati mentionne les débats sur l’orientation future des dépenses publiques dans un contexte de contraintes budgétaires persistantes, de vieillissement de la population et de besoins croissants en matière de santé, de dépendance et de solidarité. Il pointe les incertitudes liées à la soutenabilité de certaines trajectoires d’investissement, notamment dans le domaine militaire, et aux arbitrages à venir entre dépenses sociales et dépenses de soutien à la compétitivité. L’entretien ne propose pas de mesures opérationnelles, mais met en avant des questionnements sur la hiérarchisation des priorités publiques et sur la nécessité d’évaluer de façon plus systématique les effets sociaux, sanitaires et territoriaux des choix budgétaires. (contenu résumé par l’IA)Lire la Suite
