L’Unédic, dans le prolongement de ses travaux d’observation et d’analyse du marché de l’emploi sur les enjeux de l’intelligence artificielle (IA), a organisé en avril 2026 un séminaire à destination de ses administrateurs consacré au management des compétences à l’ère de l’IA. Cette séance a pris la forme d’une table ronde réunissant Aurélien Fenard, directeur de la transformation digitale et des données RH à France Travail, et Jean-Gabriel Ganascia, philosophe et informaticien, professeur à Sorbonne Université, chercheur au LIP6 et président du comité d’éthique de France Travail.
Ce séminaire s’inscrit dans une série de travaux déjà produits par l’Unédic sur l’IA, comprenant un panorama de la littérature économique, des enquêtes auprès de dirigeants d’entreprises sur leur perception de la transition numérique, ainsi que des premiers éléments sur l’usage des IA par les demandeurs d’emploi. L’objectif est de documenter les effets potentiels de l’IA générative sur l’emploi, les compétences et les pratiques de recrutement et d’accompagnement.
L’échange met en évidence l’existence de deux grands récits opposés autour de l’IA : un récit « catastrophiste », qui anticipe un effacement de l’humain au profit de machines supposées plus compétentes, et un récit « utopiste », qui attribue à l’IA la capacité de résoudre des problèmes majeurs (changement climatique, santé, inégalités). Il est souligné que ces récits peuvent coexister chez les mêmes acteurs, notamment dans le secteur numérique et la Silicon Valley, où s’opposent « doomers » (pessimistes) et « accélérationnistes ».
Jean-Gabriel Ganascia rappelle, à partir de ses travaux antérieurs sur le « mythe de la singularité », que les scénarios de prise de pouvoir par les machines ou de téléchargement de la conscience humaine ne reposent pas, à ce stade, sur des arguments scientifiques établis. Il insiste sur l’absence de déterminisme technologique et sur le fait que les choix d’usage et de régulation de l’IA relèvent de décisions humaines et politiques. Il met en garde contre le risque de laisser les principaux acteurs privés du numérique définir seuls les termes du débat, en s’appuyant eux-mêmes sur un discours alarmiste autour des dangers des IA.
Pour les politiques publiques en matière d’emploi et de travail, cet échange souligne plusieurs enjeux : la nécessité de suivre de près les usages de l’IA par les employeurs et les demandeurs d’emploi ; l’importance de considérer l’IA comme un objet de choix collectifs plutôt que comme une évolution imposée ; et le rôle des institutions publiques comme l’Unédic et France Travail, ainsi que de leurs instances d’éthique, dans l’analyse, l’orientation et l’encadrement des transformations du marché du travail et du management des compétences liées à l’IA. (contenu résumé par l’IA)Lire la Suite
