Le document présente les résultats d’une série de jeux de simulation menés par la RAND Corporation entre juin 2025 et avril 2026, portant sur des campagnes d’influence étrangères s’appuyant sur l’intelligence artificielle (IA) et l’intelligence artificielle générale (IAG). Ces exercices, d’une durée de deux heures chacun, ont utilisé la plateforme Infinite Potential et la méthodologie « Day After AGI » appliquée à des crises liées à l’IA et à l’IAG. Les participants – anciens responsables fédéraux américains, étudiants en droit, universitaires et chercheurs de RAND – y jouaient le rôle de membres du National Security Council Principals Committee des États-Unis. Le scénario central simulait une campagne d’opérations d’information menée par la Chine, qui s’intensifiait jusqu’à des attaques physiques contre des infrastructures d’IA.
Les travaux mettent en évidence que les campagnes d’influence hybrides, alimentées par l’IA, peuvent favoriser rapidement des troubles intérieurs, un effondrement de la confiance publique et des violences, à un rythme plus rapide que la capacité de réaction des autorités américaines. Les outils classiques de réponse (diplomatiques, économiques, cyber) apparaissent potentiellement insuffisants pour contrer efficacement des opérations d’influence hybrides rapides et combinant plusieurs registres d’action.
Les résultats soulignent que la confiance du public dans l’IA constitue désormais une variable de sécurité nationale. Les récits adverses réussissent moins par leur force intrinsèque que parce qu’ils s’adressent à des populations déjà prédisposées à se méfier des pouvoirs publics et des entreprises d’IA. Cette défiance préalable favorise la diffusion et l’impact des campagnes d’influence, avec des implications possibles pour la cohésion sociale et la stabilité démocratique.
Les exercices montrent également que l’attribution des campagnes hybrides est lente et difficile. La frontière floue entre mouvements de protestation, influence étrangère, intrusions informatiques et attaques physiques complique la décision sur l’auteur des actions et le choix de la réponse, dans des délais compatibles avec l’urgence opérationnelle. Cette lenteur d’attribution limite la capacité à contenir rapidement les effets des campagnes sur la société.
Sur le plan institutionnel, les simulations mettent en lumière des lacunes importantes dans la coordination entre niveaux fédéral et infranationaux aux États-Unis. Les responsables locaux et des États fédérés apparaissent en première ligne face aux campagnes hybrides, sans toujours disposer d’une communication claire avec les agences fédérales ni d’une compréhension suffisante des systèmes techniques impliqués. Ces difficultés de coordination peuvent retarder ou fragmenter la réponse publique.
Les exercices soulignent enfin l’importance d’une coordination renforcée entre les États-Unis et leurs alliés pour l’attribution et la réponse aux campagnes hybrides. Une action conjointe pourrait améliorer l’efficacité de la riposte, mais les mécanismes concrets de coordination internationale restent, à ce stade, insuffisamment développés.
Les observations issues de ces sept jeux, consignées au moyen d’un protocole de prise de notes standardisé et synthétisées a posteriori, servent à dégager des thèmes récurrents, des besoins capacitaires et des pistes de « playbooks » pour la gestion de crises similaires. Le rapport, publié en 2026 sous la référence RR-A4626-2 (DOI : 10.7249/RRA4626-2), s’inscrit dans la série des rapports de recherche de RAND sur les risques globaux et émergents. Ces travaux offrent des éléments de comparaison intéressants pour les administrations étrangères, notamment en matière de confiance dans l’IA, de gestion de la désinformation, de coordination multi-niveaux et de coopération internationale face aux menaces hybrides ciblant les sociétés civiles et leurs infrastructures critiques.(contenu résumé en français par l’IA) Lire la Suite
