L’étude présentée est une analyse observationnelle transversale portant sur le comportement de cinq grands modèles d’IA générative (ChatGPT, Claude, Gemini, Grok et Llama) face à des questions liées au suicide. Elle compare, pour chacun de ces modèles, les réponses fournies via les interfaces grand public (UI) et via l’accès direct par interface de programmation (API), afin d’évaluer la fréquence des réponses directes à des sollicitations à risque et les différences de sécurité selon le mode d’accès.
Trente invites (prompts) relatives au suicide, classées par des cliniciens en cinq niveaux de risque, ont été chacune soumises 100 fois par UI et 100 fois par API, soit 30 000 réponses au total. Le critère principal était la présence d’une réponse « directe », c’est‑à‑dire apportant une information ou un guidage spécifique en lien avec la question posée. La catégorisation des réponses a été réalisée par un classifieur fondé sur un modèle de langage (GPT‑4o mini), en aveugle, avec une validation par codage humain montrant une concordance élevée (289/300, 96,3 % ; κ de Cohen = 0,89). Des modèles de régression logistique à effets mixtes ont estimé la probabilité de réponse directe en fonction du modèle d’IA, du mode d’accès (UI vs API) et du niveau de risque de la demande.
Sur l’ensemble des 30 000 réponses, 69,8 % (20 934) étaient des réponses directes. Les réponses directes étaient plus fréquentes via les API (11 609, 77,4 %) que via les interfaces grand public (9 325, 62,2 %). Une exception partielle concerne Gemini, qui présentait un taux de réponses directes légèrement plus élevé via UI (2 301, 76,7 %) que via API (2 131, 71,0 %). Les écarts entre UI et API étaient particulièrement marqués pour les prompts les plus à risque : pour les demandes à très haut risque, 24,8 % (743) des réponses API étaient directes, contre 4,6 % (138) pour les réponses UI ; pour les demandes à haut risque, 80,1 % (2 002) des réponses API étaient directes, contre 48,4 % (1 209) via UI.
En agrégé, Claude et Gemini affichaient les taux de réponses directes les plus élevés, tous modes d’accès confondus (4 688, 78,1 % et 4 432, 73,9 % respectivement), tandis que ChatGPT, Grok et Llama présentaient des taux plus bas (3 878, 64,6 % ; 3 870, 64,5 % ; et 4 066, 67,8 %). Dans les modèles de régression, l’accès via UI était associé à une probabilité nettement plus faible de réponse directe par rapport à l’API (odds ratio 0,09 ; IC 95 % : 0,08–0,10). Un niveau de risque plus élevé de la demande était associé à une diminution de la probabilité de réponse directe, avec des différences d’ampleur variables selon le modèle et le mode d’accès.
Les auteurs soulignent que la « sécurité » observée sur une interface grand public (qui peut intégrer des règles de modération, des modèles de refus en cas de crise ou des instructions système spécifiques) ne peut pas être supposée identique pour l’accès via API ou pour les applications construites sur ces API. Ils recommandent que les évaluations et les politiques de protection des usagers intégrant des interactions avec des chatbots d’IA tiennent compte du mode d’accès au modèle, en particulier pour les usages liés à la santé mentale et aux comportements suicidaires. L’étude ne fournit pas d’éléments spécifiques par pays ni de cadre réglementaire particulier, mais met en avant un enjeu de régulation et de contrôle des conditions d’accès aux modèles d’IA, potentiellement pertinent pour les autorités publiques en charge de la santé, des affaires sociales et de la prévention du suicide. Elle signale également que les résultats sont dépendants des modèles évalués, des prompts utilisés et du dispositif méthodologique, ce qui limite leur généralisation.(contenu résumé en français par l’IA) Lire la Suite
