Une étude longitudinale menée aux États-Unis analyse l’évolution de la consommation d’alcool chez des adultes exposés à plusieurs catastrophes et les liens avec la santé mentale. Les données proviennent de la cohorte STRONG (Survey of Trauma, Resilience, and Opportunity among Neighborhoods in the Gulf), regroupant 941 adultes de la région de la côte du Golfe, suivis sur cinq vagues d’enquête entre 2016 et 2024. La période couvre plusieurs événements majeurs : marée noire de Deepwater Horizon, ouragans et pandémie de COVID-19.
À l’aide de modèles de croissance par classes latentes, les auteurs identifient quatre trajectoires de consommation d’alcool sur neuf ans : une trajectoire « faible et stable » (36 % des participants), une trajectoire « élevée et stable » (47 %), une trajectoire « en diminution » (11 %) et une trajectoire « en augmentation » (7 %). Les personnes appartenant au groupe de consommation « élevée et stable » sont en moyenne plus jeunes, plus diplômées, et moins souvent des femmes ou des personnes noires. Les expositions aux catastrophes présentent des différences limitées entre groupes ; seules l’exposition à la marée noire et les perturbations liées à la COVID-19 apparaissent associées aux profils de consommation d’alcool.
Des modèles mixtes linéaires montrent des liens différenciés entre ces trajectoires de consommation et l’évolution de deux dimensions de la santé mentale : la dépression et l’« anxiété de maladie » (préoccupation excessive d’avoir ou de développer une maladie grave). Sur la durée de suivi, les symptômes dépressifs augmentent chez les personnes ayant une consommation d’alcool « élevée et stable » ou « en augmentation ». L’anxiété de maladie augmente dans les groupes « élevée et stable » et « en diminution ». Ces résultats suggèrent que les trajectoires de consommation d’alcool et celles de la santé mentale après des catastrophes sont hétérogènes mais étroitement liées, et que la persistance ou l’augmentation de la consommation d’alcool s’associe à une aggravation de la dépression, tandis que l’anxiété de maladie suit des dynamiques distinctes.
Pour les pouvoirs publics, cette étude signale l’importance de prendre en compte la diversité des trajectoires individuelles de consommation d’alcool dans les stratégies de prévention et d’intervention en contexte de catastrophes, ainsi que l’articulation entre consommation d’alcool, dépression et anxiété de maladie. Les auteurs soulignent la nécessité d’approches ciblées, adaptées aux profils de consommation et au contexte spécifique des événements subis. L’étude se limite à une population régionale aux États‑Unis, ce qui restreint la généralisation directe à d’autres contextes, mais offre des éléments de comparaison intéressants pour le suivi et la conception des politiques de santé publique et de prévention des risques psychosociaux après crise.(contenu résumé en français par l’IA) Lire la Suite
