Le document analyse la manière dont les institutions financières, les investisseurs et les autorités de supervision cherchent à mieux appréhender les risques climatiques financiers, et met en évidence un décalage entre les besoins de ces acteurs et les informations issues des scénarios et modèles de changement global. Il souligne en particulier que ces scénarios présentent souvent des inadéquations spatiales et temporelles par rapport aux décisions financières à prendre et que, malgré les progrès méthodologiques et les efforts de communication des limites des modèles climatiques, ces éléments restent insuffisants pour garantir une bonne gestion des risques dans le secteur financier.
Les auteurs considèrent que l’évaluation des risques climatiques financiers devra s’inscrire dans les dispositifs existants de gestion du risque de modèle au sein des institutions financières, lesquels visent à limiter le risque que des erreurs de mise en œuvre, une compréhension incomplète de l’adéquation des modèles ou un usage inapproprié de ces modèles conduisent à des décisions de mauvaise qualité. Ils estiment toutefois que ces dispositifs de gestion du risque de modèle, dans leur forme actuelle, ne sont pas adaptés pour garantir des décisions pertinentes lorsque les risques climatiques sont en jeu.
Trois constats principaux sont avancés. Premièrement, certaines caractéristiques récurrentes des scénarios et modèles de changement global – disponibilité limitée des données, incertitudes profondes, nécessité de relier entre eux des modèles complexes – posent des difficultés aux pratiques actuelles de gestion du risque de modèle, notamment pour apprécier de manière satisfaisante l’adéquation des modèles utilisés. Deuxièmement, le débat autour de l’utilisation des scénarios de changement global, qui fournissent des informations d’entrée aux modèles de risque financier, ne suit pas l’évolution récente des pratiques de gestion du risque de modèle dans la finance. À cet égard, les auteurs rappellent le recours croissant, dans le secteur financier, aux exercices de reverse stress testing, qui consistent à utiliser un modèle de risque pour identifier des scénarios plausibles conduisant à un résultat défavorable prédéfini (par exemple l’insolvabilité). Troisièmement, ils considèrent que l’application directe de ces méthodes de reverse stress testing aux risques climatiques ne permet pas nécessairement de traiter les risques de modèle induits par les scénarios de changement global, en raison du besoin de chaîner plusieurs modèles complexes difficiles à valider dans un contexte d’incertitude profonde.
Pour répondre à ces limites, les auteurs proposent une approche dite de « logique de scénario inverse itérative ». Celle-ci associe la découverte de scénarios à l’intervention régulière d’experts chargés d’évaluer la plausibilité des scénarios produits, entre et au sein des différents modèles mobilisés. Selon les auteurs, cette méthode permettrait de mieux compartimenter les risques propres à chaque modèle et de réduire le risque global résultant de l’enchaînement de modèles multiples et incertains. Cette réflexion vise à adapter les outils de gestion du risque de modèle à la spécificité des risques climatiques, avec des enjeux potentiels pour la régulation financière et, indirectement, pour les politiques publiques en matière de transition climatique et de stabilité économique, y compris dans leurs dimensions sociales et d’emploi. Aucun pays ni institution spécifique n’est explicitement cité, l’analyse se situant à un niveau général applicable à l’ensemble du secteur financier.(contenu résumé en français par l’IA) Lire la Suite
